Les marchés ont réagi en quelques secondes. Vendredi, la publication des chiffres de l’inflation américaine a provoqué un décrochage simultané du Bitcoin et de l’or, avant un rebond rapide des deux actifs.
Le métal jaune, qui évoluait autour de 4.353 dollars au moment de la publication, a chuté jusqu’à 4.292 dollars en moins d’une minute avant de revenir vers 4.358 dollars. Même mouvement du côté du Bitcoin, passé d’environ 77.100 à 76.050 dollars avant de récupérer une grande partie du terrain perdu.
Derrière cette volatilité, ce n’est pourtant pas le chiffre annuel de l’inflation qui a surpris les investisseurs. L’attention s’est concentrée sur une donnée plus discrète, mais déterminante pour les anticipations de politique monétaire : l’évolution mensuelle de l’inflation sous-jacente.
Une inflation mensuelle supérieure aux attentes
Sur un an, l’inflation sous-jacente américaine s’est maintenue à 2,4% en août, tandis que l’inflation globale a atteint 3,4%. Deux chiffres conformes aux prévisions du marché.
La surprise est venue de la dynamique mensuelle. Hors alimentation et énergie, les prix ont progressé de 0,3%, contre 0,2% attendu par les économistes. Le chiffre précis, établi à 0,29%, dépasse même la fourchette des 17 estimations disponibles avant la publication, comprises entre 0,16% et 0,24%.
Rapporté sur un rythme annuel, ce niveau correspond à une progression proche de 3,5%. Une cadence qui nourrit les interrogations sur la capacité de l’inflation américaine à revenir rapidement vers la cible de 2% poursuivie par la Réserve fédérale.
Pour les investisseurs, l’écart peut paraître limité. Il suffit pourtant à modifier les anticipations sur les taux. Une inflation plus résistante réduit la marge de manœuvre de la Fed pour accélérer un éventuel assouplissement monétaire.
Logement et énergie entretiennent les tensions
Le détail de l’indice des prix apporte plusieurs éléments supplémentaires. Le logement, principale composante de l’IPC, a progressé de 0,3% en août et de 3% sur un an, alors que cette catégorie avait récemment commencé à montrer des signes de ralentissement.
L’énergie a également pesé sur la dynamique générale. Ses prix ont augmenté de 2,1% sur un mois, tandis que l’essence a bondi de 3,9%. Sur douze mois, la hausse du carburant atteint 27,4%.
Pris séparément, ces chiffres ne suffisent pas à provoquer un changement de cap automatique de la politique monétaire américaine. Leur accumulation complique toutefois le scénario d’une désinflation rapide et régulière.
Pourquoi l’or et le Bitcoin ont chuté ensemble
La réaction des deux actifs peut sembler contre-intuitive. L’or et le Bitcoin sont régulièrement présentés comme des protections contre l’inflation. Pourtant, lorsque la hausse des prix pousse les marchés à anticiper des taux durablement élevés, leur comportement peut changer brutalement.
Une inflation persistante peut conduire les investisseurs à repousser leurs attentes de baisse des taux ou à anticiper un maintien prolongé d’une politique monétaire restrictive. Cette perspective soutient généralement les rendements des obligations américaines.
Or, ni l’or ni le Bitcoin ne génèrent de revenu régulier. Lorsque les bons du Trésor deviennent plus rémunérateurs, le coût d’opportunité de leur détention augmente. Avant même la publication de l’IPC, le rendement du Treasury américain à dix ans évoluait autour de 4,95%.
La moindre révision des anticipations de taux peut donc provoquer des ajustements rapides sur ces deux marchés. C’est ce mécanisme qui explique leur chute quasiment simultanée vendredi.
Les marchés déjà secoués par les statistiques américaines
Cette réaction n’est pas isolée. Le 4 septembre, la publication des chiffres américains de l’emploi pour août avait déjà provoqué un recul conjoint du Bitcoin et de l’or après des données économiques plus solides qu’attendu.
Jeudi, les statistiques sur les prix à la production avaient à leur tour alimenté les tensions. En quelques jours, plusieurs indicateurs américains ont donc rappelé à quel point les marchés restent dépendants de chaque signal susceptible d’influencer la trajectoire de la Fed.
Malgré leurs profils très différents, le Bitcoin et l’or évoluent désormais avec une forte sensibilité aux mêmes variables : inflation, rendements obligataires, dollar et anticipations de taux.
La Fed attendue les 15 et 16 septembre
Le prochain test interviendra lors de la réunion du Federal Open Market Committee prévue les 15 et 16 septembre. Les investisseurs chercheront surtout à déterminer si l’accélération observée en août constitue un simple accident statistique ou le début d’une nouvelle phase de résistance des prix.
L’IPC n’est toutefois pas l’indicateur privilégié par la Réserve fédérale. La banque centrale accorde une attention particulière à l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle, le PCE.
Les récentes données sur les prix à la production pourraient alimenter certaines composantes de cet indicateur. Si le PCE sous-jacent d’août confirme à son tour des pressions plus fortes sur les prix, les marchés pourraient revoir plus franchement leurs anticipations de taux.
Le rebond tempère le choc initial
La remontée rapide du Bitcoin et de l’or après leur chute apporte néanmoins une nuance. Le marché n’a pas durablement prolongé le mouvement de vente déclenché dans les premières secondes suivant la publication.
Les deux actifs ont rapidement effacé une large partie de leurs pertes, signe que les investisseurs hésitent encore à considérer les chiffres d’août comme un véritable changement de régime inflationniste.
Le débat se déplace donc désormais vers les prochaines statistiques. Si la hausse mensuelle des prix se normalise rapidement, la réaction de vendredi pourrait rester un simple épisode de volatilité. Dans le cas contraire, une inflation américaine plus tenace pourrait remettre les taux au centre du jeu et peser de nouveau sur le Bitcoin, l’or et l’ensemble des marchés financiers.


